Je suis féministe… ET maman « à la maison »

Dans le dernier mois, plusieurs événements ont permis de mettre en lumière les inégalités quant à la situation des femmes dans notre société.

Même si en théorie presque tous nos droits sont maintenant pareils à ceux des hommes, en réalité ce n’est pas toujours le cas.

Je me suis mise à réfléchir à la situation d’une petite proportion des femmes, celles qui décident d’avoir un enfant et de rester « à la maison ».

Plusieurs, hommes ou femmes, ne peuvent imaginer que l’on fasse ce choix en toute connaissance de cause, et parce qu’on en a envie. Pour bien des gens, il est inconcevable de faire le choix d’être avec nos enfants en 2017.

 

Deux événements dans l’actualité

J’ai remarqué dernièrement dans l’actualité deux situations où on dévalorisait le jugement de la maman, surtout de la maman à la maison.

Premièrement il y a eu la parution d’un livre de l’auteure Marilyse Hamelin qui fait un plaidoyer pour l’égalité des sexes, en disant que la maternité enferme les femmes dans un rôle traditionnel et les empêche d’avoir une vie professionnelle vraiment intéressante.

« Ainsi valorisées, les femmes surinvestissent la maternité et s’enferment dans ce rôle de mère au foyer, abandonnant leurs aspirations professionnelles ».

En entrevue, elle continue en disant qu’elle n’a pas voulu d’enfant car elle désirait « réaliser tous [ses] projets, [ses] rêves, [ses] ambitions sans risquer de devoir tout abandonner pour [se] mettre sur la voie de garage ». J’ai trouvé décourageant de voir qu’une femme qui se dit féministe croit que les femmes, de façon générale, se laissent convaincre d’aller vers la maternité et ne le font pas librement, en étant consciente des enjeux et de leurs envies profondes.

Le deuxième événement qui a attiré mon attention est le projet de la Coalition Avenir Québec (CAQ) d’instaurer une aide financière pour chaque enfant de 4 ans et moins qui resterait à la maison avec un parent. Au Québec, cette idée a été vivement critiquée en disant que ceci était mauvais pour le statut de la femme, qu’on voulait retourner les femmes au foyer et que ça menaçait de faire fermer les CPE (Centres de la petite enfance).

Encore une fois, on parle des femmes comme si elles ne pouvaient décider par elles-mêmes de ce qui est le mieux pour elles.

Pour les femmes qui décident de garder leurs enfants avec elles (comme moi), cette aide financière serait très utile et appréciée. Je le verrais comme une reconnaissance de mon statut de maman-éducatrice et comme un pas de plus dans l’égalité homme-femme!

Dans les deux exemples précédents, il est évident qu’on cherche indirectement à dire à la femme quoi faire pour être « réellement heureuse ». Il me semble qu’on suppose qu’elle doive travailler en-dehors de la maison et se réaliser professionnellement, dans un emploi de 9 à 5, et ce pour plusieurs années, sinon elle ne sera pas une femme émancipée.

Mais quand est-ce qu’on cessera de dévaloriser la maman, et la maman « à la maison »? Ne s’agit-il pas, après tout, d’un des rôles les plus importants qu’on peut avoir à jouer dans une vie?

Il est décevant qu’il soit encore si difficile de concevoir qu’une femme éduquée, intelligente, ambitieuse, scolarisée et avec une belle carrière devant elle puisse souhaiter devenir mère, et même devenir mère à la maison. Ça en dit long sur l’importance qu’on donne au job de maman.

L’image que l’on nourrit des femmes « au foyer » est encore grandement faussée. Est-ce qu’on les imagine en pyjama toute la journée, sur leur téléphone intelligent, pendant que leurs enfants sont devant le téléviseur? Ou sans ambition, sans possibilité d’avoir une entreprise et une carrière? Je me demande pourquoi leurs tâches est, aux yeux de plusieurs, de nature moins importante.

 

Mépris envers les mamans « à la maison »

J’ai déjà ressenti le mépris des autres envers mon choix de vie. On entend les expressions être « juste maman » ou être « juste à la maison » comme si ce n’était pas assez bon, pas assez important, et qu’une femme qui faisait ce choix délibéré ne pourrait pas se sentir accomplie, épanouie ou heureuse. Certains de ces messages véhiculés dans la société sont si puissants qu’ils sont par la suite intériorisés par nous, les mamans. Ça nous pousse parfois à nous dévaloriser pour notre travail de tous les jours ou à ne pas se sentir « suffisantes ».

Pourtant, les mamans « à la maison » que je connais ne portent pas très bien ce nom, justement.

« À la maison » ne veut pas dire grand chose. Les mamans à temps plein que je connais, incluant moi-même, sont passionnées par leurs enfants. Elles se renseignent sur leur développement, lisent des ouvrages de psychologie, ont fait des études universitaires, écrivent sur des blogues, pratiquent le végétalisme, sont actives dans leur communauté, et autres. Elles ont des intérêts variés et ont plein de façons de se réaliser.

Mais d’abord et avant tout, ce sont des femmes qui ont choisi, après délibération, qu’elles voulaient passer un certain nombre d’années avec leurs enfants. Et par dessus-tout, elles ne sont pas dupes. Elles mesurent le pour et le contre.

Personnellement, j’ai fait une maîtrise en travail social après avoir beaucoup voyagé. Quand je suis tombée enceinte de mon premier enfant j’avais un emploi permanent, dans mon domaine, pour un salaire de près de 70 000$ par année. Cependant, je n’aurais pas été heureuse de passer 30 ou 40 heures par semaine loin de ma fille. J’avais envie de passer ce temps si précieux avec elle et en plus, je m’y sentais utile et valorisée (la plupart du temps).

Après une année de congé de maternité et une autre à prendre un congé sans solde, j’ai quitté mon emploi pour faire ce saut vers une vie qui me tentait vraiment. J’avais pris deux années à y réfléchir et j’étais aussi certaine de ce choix qu’il est possible de l’être. Et depuis, je ne l’ai jamais regretté.

Ceci étant dit, personnellement, j’ai besoin de m’accomplir aussi dans d’autres domaines que la maternité et la parentalité. Depuis la naissance de mon premier bébé j’ai donc suivi une formation d’accompagnante à la naissance, j’ai eu une charge de cours à l’université, j’ai enseigné dans un collège à temps partiel, je suis devenue professeure de yoga et j’ai démarré ma petite compagnie de counselling. Ceci étant dit, ceci est MON histoire et MA réalité. J’aime être libre de choisir. Pour certaines femmes, l’idée de laisser leur carrière est impossible et ne les rendrait pas heureuses.

Je fais ce que j’ai besoin de faire pour être une personne heureuse. Chaque femme devrait pouvoir construire sa vie, faire ses choix et son horaire, selon ses besoins et selon les opportunités qui s’offrent à elle.

Et il est important que comme société, on soutienne les femmes…comme on le fait pour les hommes!

La liberté des femmes doit vouloir dire avoir la possibilité de faire des choix et de disposer de leur vie et de leur corps comme elles l’entendent.

Ce n’est pas parce que j’ai laissé ma carrière et que je suis tout le temps avec mes enfants que je ne suis pas féministe autant que d’autres. Je suis féministe. Plus que bien des femmes et bien des hommes. J’exerce mon droit de faire mes choix et d’être respectée pour ces choix. Je sais que je sous-payée et pénalisée financièrement. Mais je ne trouve pas que je participe au recul du statut de la femme dans la société, non. Au contraire.

D’une certaine façon, et à petite échelle, mes choix sont une contestation de l’ordre établi. Je ne participe pas à la course folle encouragée par notre système économique capitaliste. Je n’encourage pas ce mode de vie où stress rime avec médicaments et diagnostics. Je tente de faire les choses différemment pour montrer à tous que plusieurs modèles et plusieurs modes de vie peuvent se côtoyer dans la société. On a le droit de sortir du conformisme… Si au premier regard, certains diront que je fais des muffins à longueur de semaine ou que j’ai perdu mon indépendance, j’aimerais leur dire:

« Eh bien, toi, quels choix as-tu fait pour ton propre bonheur? ».

Nous avons toutes et tous fait des choix que nous devons assumer. Quel est le choix le plus réfléchi…? Celui de faire comme tout le monde et de retourner sur le marché du travail, ou celui d’être à la maison?

Dans un cas comme dans l’autre, notre choix peut découler de la pression sociale, comme il peut être complètement assumé, souhaité et réfléchi.

Je crois que la plupart des femmes ont les opportunités et les connaissances nécessaires afin de faire le choix éclairé de vouloir, ou non, un enfant. Même si la répartition des tâches est encore loin d’être idéale dans les couples, les femmes qui choisissent la maternité en sont conscientes et font beaucoup pour changer les choses. Par exemple, ce n’est pas parce que j’ai choisi d’avoir des enfants que j’accepte les inégalités dans la parentalité.

 

Contre un modèle familial unique

J’aimerais qu’on arrête de penser que les femmes sont victimes de leur situation. C’est vrai que certaines le sont. Cependant, ayons confiance que le choix de la maternité est fait en toute connaissance de cause.

Essayons de voir toute l’importance de ce rôle et comment ces femmes ont beaucoup à offrir à notre société. Valorisons leur contribution à la place de les voir comme dépassées. Je suis reconnaissante des luttes que les femmes ont fait avant moi, pour l’égalité.

Et nous n’avons pas à nous voir imposer un modèle unique.

Car il est aussi vrai que je peux vouloir être une maman, tout en étant féministe.

 

 

Marie-Eve Verret
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Marie-Eve Verret

Blogueuse chez Je Materne
Marie-Eve fait de la psychothérapie et est coach en parentalité. Elle offre ses services à distance par téléphone ou appels vidéos. Elle est maman de deux enfants et ils vivent l'école "hors-les-murs". Suivez-la sur sa page Inspire Counselling Marie-Eve Verret !
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