Tu les voulais, tes enfants?

 Tu les voulais, tes enfants? OPINIONS POPULAIRES - À lire sur Je Materne!

J’entends souvent des mamans me dire combien je suis chanceuse de pouvoir « me permettre » de rester chez moi avec mes enfants; combien elles appréhendent le premier jour de la garderie, ou même le premier jour d’école.

La plupart me disent qu’elles ne pourraient pas se permettre le même choix, tantôt par manque de patience, tantôt par manque financier, tantôt par manque d’intérêt.

Les raisons sont valables en autant qu’on les assume et qu’on accepte ses propres limites.

Là où je trouve que le bas blesse, c’est quand j’entends en même temps ces mamans me parler des voyages dans le Sud qu’elles ne veulent pas sacrifier, ou leur grande maison (lire ici, grosse hypothèque) à laquelle elles tiennent.

Je ne porte aucun jugement sur les priorités des autres parce qu’une fois de plus, chacun vit sa vie selon son propre code de valeurs et ce qui lui convient. Ceci étant, je ne « me permets » pas ce choix de vie sans aucun sacrifice!

Nous avons coupé le câble (et nous nous en portons bien mieux), un de nos cellulaires, et n’hésiterons pas à vendre l’une des deux voitures si le besoin se présente. Nous avions pris le temps de baisser notre hypothèque et n’avons pas une maison plus grande que ce que notre famille de 5 a besoin. Nous ne voyageons pas pour l’instant parce que nous ne pouvons nous le permettre avec un seul salaire…

Mais nous choisissons de voir grandir nos enfants chaque jour. Nous leur offrons une enfance douce, libre et heureuse. Nous leur permettons de créer des liens solides entre eux ainsi qu’avec nous au quotidien. Nous nous permettons de vivre une vie amoindrie de stress sans la lourdeur d’un quotidien qui nous tiendrait éloignés les uns des autres. Nous n’avons aucune attache, aucun engagement, aucune contrainte sociale.

Nous sommes libres.

Il y a quelques semaines j’ai accompagné ma fille de 5 ans à son cours de danse. Comme je n’ai pas de presse à retourner chez moi pour le souper ou les devoirs de ma grande, je l’attends toujours pendant son cours pour la regarder évoluer et la soutenir à la maison dans la pratique de certains mouvements appris.

Plusieurs parents quittent, mais 3 mamans restent la plupart du temps. Pour regarder leurs filles danser? Non, bien que leurs filles font mille et une simagrées devant la petite fenêtre pour attirer leur attention.

Non… elles passent plutôt l’heure du cours à se plaindre. Se plaindre de leur vie, de leur chum, de leurs enfants. En fait, surtout, de leurs enfants.

Cette fois-là, l’une des mamans racontait encore remplie d’émotion la copie qu’elle avait exigée à son fils avant de quitter pour le punir de ses comportements. Elle a ajouté « je lui en sacrerais une, mais heureusement pour lui, on n’a pas le droit. »

Suite à ça, elles se sont lancées dans une tirade d’insultes à l’égard de leur chum, pour se proposer d’acheter une bouteille de vin et de la boire à même la bouteille.

J’ai trouvé ça très triste.

Non pas que ça ne me soit jamais arrivé d’être exténuée, blasée de certains comportements de mes enfants. Fatiguée de certaines journées plus difficiles.

Mais je trouve triste de croire que nos malheurs sont causés par nos enfants. Nous n’avons jamais été aussi loin de la vérité… aussi à côté de la plaque!

Il y a déjà presque 2 ans je croyais que ma famille, mon couple, ma vie personnelle était la cause de mon épuisement. Lorsque j’ai quitté mon emploi pour mon retrait de grossesse, ça m’a frappé:

Je vivais une vie selon les standards de la société, pas selon ce que moi je voulais.

Et si ma place pour les prochaines années était près de ma famille? Près de mes enfants, là où ça compte vraiment? Et si, d’être avec eux plus souvent, ça m’aidait à voir en eux plus de beau, de positif et tout leur potentiel que je n’arrivais plus à voir lorsque j’arrivais trop crevée de ma journée au bureau?

Si finalement, ce n’était pas sa faute à elle de vouloir un peu de sa maman après sa journée passé entre le service de garde, l’école et le cours de danse? Si c’était nos choix de vie qui nous menaient à cet épuisement et à cet éloignement de nos enfants?

Il faut arrêter de faire une équation simple et rapide parce qu’autour de nous la société nous dicte une voie à suivre depuis plusieurs années.

Ça ne devrait pas être un automatisme qu’après 1 an de congé maternité, tu retournes travailler, laissant ton enfant à la garderie 8h par jour… en angoissant durant tes premières journées à te demander si ça se passe bien pendant que quelqu’un d’autre que toi s’occupe de l’éduquer, d’en prendre soin et de répondre à ses besoins.

Je me répète. C’est correct que ce choix convienne à certaines personnes, mais je crois qu’on devrait s’arrêter et se demander si cela nous convient réellement avant de faire ce choix, plutôt que de le faire parce que c’est comme ça que tout le monde fait.

Après ma deuxième fille j’ai fait le choix d’aller travailler parce que personnellement j’en avais besoin. À ce moment là par contre, je ne comprenais pas qu’il était possible de revoir sa vision de la vie et que ça pouvait être enrichissant de rester chez soi en famille.

Je ne passe pas mes journées « juste » à cuisiner, à faire du ménage et à jouer aux LEGO. Nous avons une vie très remplie de sorties dans divers musées et d’activités. J’ai aussi du temps à consacrer à mes passions (tricot, dessins, photo, écriture, et autres), en inspirant mes enfants à développer les leurs.

Alors, svp, la prochaine fois que vous aurez envie de cuver une bouteille de vin et de hurler haut et fort combien vos enfants sont des monstres, RESPIREZ et essayez de vous rappeler que vos enfants n’ont pas à porter la responsabilité de vos malheurs et difficultés.

 

D’abord paru sur Bonheur Assumé. Merci de rester respectueux dans les commentaires et de noter que la ligne directrice de Je Materne, après recherches et intuition, est que la place d’un enfant est auprès de son ou ses parents aussi longtemps que nécessaire, dans la mesure du possible et dans le respect des besoins de toute la famille.

Cinthia Labillois

Cinthia Labillois

Blogueuse Psychologie chez Je Materne
Cinthia Labillois est maman de 3 petites filles et blogueuse sur son site Bonheur assumé. Aussi bachelière en psychologie et avec de l’expérience en intervention auprès de l’enfance, elle nous éclaire avec la chronique Psychologie.
Cinthia Labillois
1 comment
Danse et passion

Excellente analyse ! J’apprécie le fait qu’il y ait toujours des mamans comme toi qui s’intéressent un peu plus aux besoins de leurs enfants et non leurs petits défauts. Passionnée de danse, il m’est souvent arrivé d’animer des cours de danse pour enfant. Et, dans ces cours il n’était pas rare que des parents restaient pour discuter, mais ça ne faisait que perturber les enfants tellement ils étaient bruyant.

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