Le nouveau-né imaginaire

Le nouveau-né imaginaire - À lire absolument! LAIT MATERNEL

J’ai un enfant. Enfin, non, un et demi.

Il y a ma fille, en chair et en os, qui souvent s’accroche à mon sein et tète jusqu’à plus soif. Vivante, pépiante, et qui mordille son jouet pendant que j’écris.

Et puis, il y a un autre petit. Je ne connais pas les traits de son visage, mais je sais qu’il est plutôt maigre, qu’il tient ses petits yeux très souvent clos, le visage pris dans un masque. Il est silencieux, bien qu’autour de lui les machines bippent régulièrement. Lui ne crie qu’à peine, ne sait parfois pas encore pleurer… et pourtant il souffre, il souffre! C’est un tout petit bébé.

Il y a peu, il était encore au chaud dans le ventre de maman, et Maman, c’était pas moi. Il est sorti trop tôt… ses parents ne sont pas autorisés à le prendre trop souvent contre eux.

Le coeur de Maman lui manque cruellement, sa chaleur, la nourriture évidente qui passait de son corps à elle au sien. Maintenant, il a mal, froid, faim, il se sent seul, séparé. Ses parents le regardent et le touchent avec d’infinies précautions, amputés eux aussi. On peut à peine le toucher, il est si fragile, si léger, un bébé de cristal !

De cristal pour moi aussi, oui, un bébé transparent, délicat, bien différent de ma fille qui, vigoureusement, gigote; un bébé de cristal fin et pur, presque invisible, imaginaire.

Pourtant, lui et moi, on partage quelque chose: le lait.

Maman n’a pas encore suffisamment de lait pour lui, elle fait tout ce qu’elle peut pour brusquer la Nature, supplie ses seins de délivrer enfin ce lait qui aurait dû attendre un peu.

Moi, du lait, j’en ai, plein! Ma fille tète, gourmande, elle a 10 mois. Mes seins regorgent de ce lait chaud, riche, nutritif, précieux.

Vous savez, le lait humain, c’est une merveille sur le plan nutritif. Il fait plein de choses presque magiques. Surtout, il maintient en vie les petits prématurés. Il calme, un tout petit peu, leur désolation, celle de leurs mamans, de leurs papas, de leurs familles.

J’aimerais tant les bercer, ces petits, ces mamans épuisées, ces papas désolés. Impossible! J’ai mieux à faire: tirer mon lait.

C’est tellement facile. On allume la machine, elle extrait doucement le lait qu’on a en trop, quelle que soit la quantité. Biberon stérile distribué gratuitement par le lactarium, hop! au frigo. Re-tirage quelques heures plus tard, biberon rempli en fin de soirée, hop! congélateur.

Tous les mois, parfois plus souvent, moins souvent, une sage-femme du lactarium vient chercher ce lait congelé et l’envoie au lactarium. Le mien, c’est celui de Bordeaux-Marmande, une structure super qui est unique car elle lyophilise le lait et l’envoie dans toute la France si besoin, métropolitaine ou pas.

Le lait de toutes les mamans donneuses est récolté, traité, et donné mélangé aux petits prématurés.

Pendent que les mères de ces petits bébés en difficulté tirent leur lait pour stimuler la lactation, nous tirons notre lait aussi. Un geste simple, un geste de femme, solidaires, fortes, tendres.

Nous sommes alors, parents, enfants, ensemble, unis.

Donnez votre lait s’il-vous-plaît, si vous en avez. Participez à l’aventure: vous aussi, aimez un bébé imaginaire.

 

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Collaboration spéciale par Gaueca Hezande.

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