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Cri du coeur d’une maman: “Je viens vers vous pour me libérer de quelque chose.”

Cri du coeur d'une maman_ Je viens vers vous déposer quelque chose.

 

Je viens vers vous pour déposer quelque chose. Déposer une chose sans attente particulière comme on déposerait une offrande au pied d’un arbre. Sans destinataire précis. Sans attente de retour. Juste pour me libérer de quelque chose.

Je suis un bébé issu d’une génération où laisser pleurer était une méthode largement employée, faute de savoir qu’il existait mieux.

Je suis un bébé qui a été gardé tôt dans sa vie, car je suis issue d’une génération où le congé parental, le congé maternel étaient un luxe.

Ensuite j’ai été élevée dans une éducation de logique où la seule raison valable de se mettre à pleurer c’est parce que je m’étais fait mal. Si mon désarroi n’était pas causé par une douleur physique, c’était injustifié, non valable, indigne d’attention. Mes colères étaient sans cesse ridiculisées, comme si elles étaient trop grandes pour être vécues par une si petite personne, comme si ça ne m’allait pas bien la colère, comme si je n’y avais pas droit.

Je n’en veux pas à ma mère, c’était l’époque, la culture parentale.  Par contre je crois aujourd’hui que la manière dont on a pris soin de moi a eu une influence énorme dans l’héritage que j’ai reçu, car comme parent aujourd’hui je me sens vulnérable.

Vulnérable à ma colère, vulnérable à ma panique. À la merci d’une part d’ombre que je ne sais pas apprivoiser. Quand ma fille pique une colère, devient incontrôlable, quand elle est chigneuse et se lamente sans cesse… je perds mes moyens.

Forcément je ne la secoue pas. On est largement sensibilisés au syndrome du bébé secoué pour qu’il ait une barrière devant ce geste. Mais une interdiction d’un geste n’est pas un outil. Le manque d’outils ne nous protège pas des autres gestes.

Dans une période d’épuisement parental, de crise de ma fille, je l’ai prise contre moi, très serrée, et je me suis mise à la couvrir de bisous. Pas des bisous tendres. Des pressions de mes lèvres sur son visage comme on poserait les mains sur une plaie pour qu’elle cesse de laisser fuir son flot de sang qui n’en finit plus de couler et de se répandre partout. Comme on essaie d’étancher une fuite en appuyant sur le truc qui coule. Ce n’était pas doux du tout même si habituellement c’est un geste d’amour les baisers.

J’étais submergée de panique, de frustration. Comme si chaque cellule de mon corps se mettait en réaction de défense.

Aussitôt posée, aussitôt regretté. Parce que la colère d’un parent ça vient toujours accompagnée de la culpabilité. Pas fière. Pas fière du tout de m’être laissée submerger. Ce n’est pas comme cela que je vais l’apaiser mon bébé. Pas comme ça que je l’accompagne habituellement dans ses émotions.

Je me reprends aussitôt et retrouve mon côté maternant. Je cajole ma fille, la rassure, le calme revient. On est passé du drame au calme en 60 secondes. Le début et la fin de l’épisode sont espacés d’une seule minute. Et pourtant quelle gamme d’émotions. Et je suis abasourdie de constater combien mon état affecte le sien. Aussitôt que je reprends mes esprits, elle se reprend elle aussi.

Mais mon malaise persiste. Pas fière. Pas fière du tout.

Comment se fait-il que je me laisse emporter? Moi qui suis formée en périnatalité, en pleine conscience, moi qui lis tout ce qui passe sur le maternage proximal, sur le développement de l’enfant, moi qui suis largement convaincue des bienfaits du maternage, une adepte de portage, d’allaitement, de cododo et de tout ce qui garde un bébé auprès de sa mère.

Ne suis-je donc pas protégée contre les mauvais gestes? Comment ça se fait que ma réaction la plus basique soit de réprimer à tout prix les pleurs, d’étouffer les cris qui se répandent partout comme du sang qui n’en finit plus de couler?

Qu’est-ce que je transmets à ma fille par mes gestes? Je lui transmets ma panique, ma fureur, je lui transmets des baisers de haine.

Et puis ma honte. D’où vient le sentiment d’impuissance qui suit? Pourquoi ai-je la sensation que je pose des gestes appris, des gestes légués? Est-ce seulement un manque d’outil, un manque de soutien du réseau, l’absence du village dans mon expérience parentale? N’y aurait-il pas un legs générationnel derrière tout ça

Comme l’étude sur les compétences parentales qui avait été menée sur des primates qui s’avéraient de piètres mères à contrario de celles qui avaient été maternées et qui s’en sortaient avec brio? Se pourrait-il que ma mémoire sensorielle ait emmagasiné de l’information sur ce que ressentait ma mère alors que j’étais moi-même le bébé? Qu’arrivera-t-il si je transmets la même chose à mon bébé?

Il faut que cet héritage cesse. Je veux que cet héritage cesse.

Mais où donc puis-je parler de tout ça? Ces gestes que je considère violents même s’ils ne laissent pas de traces physiques, je dois en parler. Mais à qui? Je sais pertinemment que ces mots ne seraient pas bien reçus dans mon entourage. Je ne peux les livrer à mes collègues, nous travaillons avec des familles, que penseraient-ils de mes compétences professionnelles s’ils savaient mes préoccupations personnelles?

À qui alors ? D’autres parents. D’autres parents qui peut-être vivent ce genre de mal-être sans oser en parler. C’est tabou l’ombre de la parentalité. Mais peut-être qu’en osant je ferai un pas vers un changement de société. Que la crainte du jugement d’un parent qui en parle serait remplacée par la conviction de recevoir du soutien, de l’aide.

Je viens déposer ces mots dans le but de me départir d’un poids. Dans le but que d’autres parents qui passent par là puissent y voir un témoignage qui fait écho à leur expérience parentale. Qu’il puisse y’avoir moyen de reconnaître ceci, de lui donner un nom, de le valider comme une chose qui existe et dont on doit s’occuper. Je ne sais pas comment ça s’appelle.

Héritage émotionnel?

Épuisement parental?

Flash d’amour/haine?

Mini complexe de Médée?

Qu’importe du moment que ça soit nommé. Si ça porte un nom alors on peut mieux en prendre soin.

Prenons soin de ne pas transmettre ça à la prochaine génération.

 

Une maman anonyme

 

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