Un traumatisme m’a empêchée de donner naissance

Un traumatisme m'a empêchée de donner naissance

À travers l’expérience de l’accouchement, j’ai réécrit mon histoire et j’ai vécu une révélation. L’expérience de mes deux accouchements m’a fait comprendre à quel point les émotions peuvent avoir un impact concret sur le corps et sur le déroulement de ce moment important de notre vie.

Mon premier accouchement m’a laissé avec l’impression d’avoir raté mon accouchement, de ne pas être une femme. Benjamin est né par césarienne. Pas une césarienne d’urgence, mais une césarienne de découragement. C’était la bonne chose à faire dans cette situation, mes eaux étaient crevées depuis plus de vingt-quatre heures, j’étais épuisée.

Après plus de 36 heures après avoir été administrée un déclenchement sous la forme d’un gel sur le col de l’utérus, mon lit roulait vers la salle d’opération. J’ai tellement pleuré, j’avais des hoquets de vomissement même si je n’avais rien dans l’estomac, et j’avais horriblement peur. Les bras attachés en croix, je vivais un moment qui me semblait surréaliste.

Les intervenants jasaient de tout et de rien pendant que je vivais un des pires moments de ma vie et en même temps un des plus beaux.

Je n’ai pas pu prendre mon fils dans mes bras avant d’arriver à ma chambre, et ce après un trop long séjour en salle postopératoire. Voir Patrick, mon conjoint, partir avec mon fils m’a crevé le coeur. Je voulais être celle qui dès les premiers instants enveloppe mon fils de tout l’amour que j’ai pour lui.

Quelques mois après cet accouchement, j’ai pris la décision de consulter une psychologue. L’accouchement en tant que tel avait été traumatisant, mais j’avais l’intuition qu’un traumatisme vécu dans mon enfance avait quelque chose à voir avec le fait que le col de mon utérus n’avait pas ouvert plus de quatre centimètres.

On me l’a raconté quelques fois, mais j’avais aussi quelques images claires en tête de cet évènement traumatisant. Je devais avoir environ 4 ans quand je me suis évanouie en regardant à la télévision une femme hurlant de douleur, les pieds attachés à des étriers en train de pousser son bébé. La femme hurlait, je l’entends et la vois encore. Les sensations qui m’ont envahie étaient trop fortes pour moi, j’ai perdu conscience et perdu quelques plaques de cheveux au passage.

Ces plaques de cheveux me faisaient soupçonner le potentiel d’un évènement traumatisant.

Ce que la psychologue, Carmen, m’a confirmé lorsque j’ai commencé à la rencontrer. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, c’était la première fois que je consultais une psychologue et surtout, je n’avais aucune idée s’il était possible de faire quoi que ce soit pour que les effets de ce traumatisme n’affectent pas un futur accouchement.

On voulait au moins un autre enfant, mais l’idée de vivre à nouveau une césarienne n’était pas une possibilité pour moi. Je voulais donner naissance comme les femmes donnent naissance, par voie vaginale. Pour me sentir femme et aussi pour vivre un accouchement plus doux pour moi et mon bébé.

J’ai rencontré Carmen pendant quelques mois au cours desquels elle a utilisé une technique, EDMR*, pour désamorcer le traumatisme en moi. Même si j’avais confiance de son efficacité parce que les sensations en lien avec cet évènement traumatisant et mon premier accouchement étaient beaucoup moins hautes en intensité, j’avais besoin de vivre un deuxième accouchement pour en vérifier l’efficacité.

Pendant qu’on utilisait la technique EDMR, la psychologue me disait des mots représentant le traumatisme que j’ai vécu, sang, étriers, hurlement. Je répondais avec d’autres mots, des sensations et des flashbacks, reliés à ce premier traumatisme et aussi en lien avec mon accouchement. Pendant quelques secondes j’étais envahie de fortes sensations de dégout, de peur et de tristesse. Puis, le calme avant une autre tempête.

Je ne me souviens plus combien de fois on a utilisé cette technique, mais à un certain moment, je me suis sentie emplie de joie.

Un souvenir m’est revenu à la mémoire. Le lendemain de mon accouchement, un beau soleil filtrait à travers la fenêtre de ma chambre d’hôpital. Mon bébé dormait dans son petit lit de plastique transparent, je voyais son visage paisible qui me réconfortait. C’était une nouvelle journée emplie d’espoir et de joie. Je ressentais une joie immense en me remémorant ce souvenir.

J’ai su à ce moment que j’étais passée de l’autre côté du traumatisme, qui s’était dénoué pour laisser entrevoir la beauté d’une nouvelle vie. Cette technique m’avait apporté le soulagement que je désirais tant, en plus de m’offrir l’espoir d’un deuxième accouchement plus paisible.

Avec cette belle énergie est venue une prise de conscience. Je ne me voyais pas pousser mon bébé. Depuis le moment où j’ai su être enceinte et la naissance de Benjamin, jamais n’a croisé mon esprit l’idée que je devais pousser mon bébé pour le faire sortir. J’ai eu un empêchement le soir où était discuté l’accouchement au cours de préparation pour les femmes enceintes.

C’est comme s’il y avait un court-circuit induit par le traumatisme. Je suis enceinte, je suis à l’hôpital et j’ai mon bébé dans mes bras. Tout y était, sauf le moment de la poussée.

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Enceinte de mon deuxième bébé, j’ai travaillé fort à mettre en place un protocole visant à favoriser une grossesse et un accouchement favorable à un AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Tout le long de ma grossesse et même à mon accouchement, j’ai consulté une acupunctrice. J’avais aussi rédigé avec soin un plan de naissance après avoir relu le livre Pour une naissance heureuse d’Isabelle Brabant. Je désirais un accouchement naturel parce que c’est ce qui m’appelait et c’est ce que je croyais être le plus doux pour mon bébé.

Moi et Patrick avons aussi fait un atelier de deux jours de préparation à la naissance avec Les accompagnantes de Québec. On a rencontré une accompagnante et décidé d’utiliser ses services pour l’accouchement à venir. Pour me permettre de me désensibiliser, j’ai aussi visionné des vidéos de femmes en train de pousser leur bébé. Ce qui me faisait vivre une très grande intensité émotionnelle au départ s’est tranquillement et rapidement baissé.

On a même changé de médecin la 37e semaine parce que le médecin qu’on avait choisi ne voulait pas lire mon plan de naissance.

Malgré la thérapie, il y avait en moi cette question: est-ce possible que les émotions aient autant un gros impact sur le corps en empêchant mon col de l’utérus de s’ouvrir?

Le douze décembre 2000, j’ai eu ma réponse. Après 32 heures à l’hôpital, sans induction, j’ai donné naissance à Léo par voie vaginale. Pendant plusieurs heures mon col est resté à quatre centimètres. Mon médecin en qui j’avais confiance parce qu’il avait une approche très douce et naturelle est venu nous rencontrer et ensemble on a opté pour une péridurale. Après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps parce qu’il y avait en moi la peur de revivre la même situation que lors de mon premier accouchement, un grand calme m’a envahie. Mes parents sont même venus avec Benjamin nous faire un petit coucou à l’hôpital. Ça m’a fait vraiment du bien.

Peu de temps après leur départ c’était le temps de pousser. Avec la grande libération que je venais de vivre, rapidement mon corps avait pu faire son travail. Enfin j’avais mon bébé dans mes bras et mon coeur était léger. Enfin, je me sentais femme et mère accomplie, j’avais donné naissance.

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Les émotions peuvent avoir un réel impact sur le corps. Les traumatismes ont réellement une influence sur notre vie. J’ai aussi appris que j’ai du pouvoir et que je peux si je le désire changer ma vie. C’était la confirmation de ce qui était déjà présent en moi, le courage et la détermination de transformer ma vie pour offrir à mes enfants la meilleure version de moi-même à travers la bienveillance et l’amour inconditionnel.

 

Ressources

 

*EDMR: Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par le mouvement occulaire en français: https://en.wikipedia.org/wiki/Eye_movement_desensitization_and_reprocessing

Le Collectif Les accompagnantes (Québec): http://accompagnantes.qc.ca

Pour une naissance heureuse, Isabelle Brabant (lien affilié)

Plan de naissance gratuit

 

Julie Nadeau

Julie, partage avec une grande vulnérabilité, le chemin qu'elle a parcouru pour devenir une mère bienveillante. Elle raconte la guérison des blessures de son enfance pour offrir à ses enfants la liberté d’être qui ils sont.
En les aimant inconditionnellement, elle facilite la connexion avec leurs guides intérieurs, leurs âmes. Grande curieuse et passionnée de l'introspection, elle n'hésite pas à remettre en question ses croyances pour choisir l'amour plutôt que la peur. Maintenant que ses enfants sont de jeunes adultes et que l'aventure du unschooling est terminée, elle enjolive son petit coin de paradis et le partage à travers l'écriture. Vous pouvez la suivre sur: www.julieauparadis.com
Julie Nadeau

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