J’ai fait une erreur, ma belle grande fille d’amour

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Ma belle grande fille d’amour, ce soir, en voulant t’aider à préparer ta présentation orale prévue demain matin, je me suis rendue compte que je ne m’y prenais vraiment pas de la bonne façon. Je m’excuse. J’ai vu à quel point tu veux bien faire, à quel point tu souhaites nous faire plaisir… et à quel point tu avais peur de ne pas réussir.

Tu n’as que 6 ans, tu commences tout juste à découvrir la lecture et l’écriture, tu as du plaisir à le faire. C’est ce qu’on devrait nourrir, ton plaisir d’apprendre.

Pourtant, sans le vouloir, on t’a mis de la pression. Sans nous en rendre compte, on t’a fait penser que si ce n’était pas parfait, ça voulait dire que tu échouais, que tu n’étais pas bonne, qu’on serait fâchés…

Comme d’habitude, parce que la vie va trop vite, on s’y prenait à la dernière minute pour pratiquer. Je te demandais de te concentrer, de répéter, je te donnais des idées, je te faisais des exemples, je pensais bien faire. J’ai eu l’idée de te montrer ce que je dirais si j’étais à ta place. Je me disais que si tu m’entendais dire les choses, tu aurais plus de facilité à les mémoriser. C’est ma force, après tout, les communications…

Tu étais assise sur le divan, attentive. Je faisais semblant d’être toi qui parle de son dessin.

Et là, j’ai vu ton visage apeuré, presqu’honteux, et tes yeux se mouiller. Tu n’as pas eu besoin de parler, j’ai tout compris. Je l’ai lue, sur ton visage : la peur de décevoir. La fameuse « anxiété de performance » qui tiraille ma génération et assaille la tienne, parce qu’on vous la transmet. Un sentiment que je connais bien et que tu ne mérites pas.

Pognés dans la grosse brassée du quotidien, notre stress, notre fatigue accumulée, notre rythme effréné, nos exigences toujours plus élevées, ça déteint sur toi. Ça laisse des taches tenaces sur ton cerveau qui apprend par l’exemple, en nous observant. Nos émotions négatives, comme chargées d’électricité statique, se collent à ton cœur, qui lui, ressent par l’exemple.

J’aurais voulu me mettre en punition parce que, clairement, je venais d’échouer dans mon rôle de parent. Tu m’as dit « je serai pas capable ». Je t’ai pris dans mes bras et je t’ai plutôt fait une présentation orale sur le droit à l’erreur. J’ai déblatéré sur l’importance des erreurs pour apprendre, sur l’essentiel qu’est d’essayer et non pas d’exceller, sur le fait que moi aussi, comme tout le monde, je fais des erreurs, sur la non-gravité de la situation, sur mon amour inconditionnel… Je te disais tout ça pour te rassurer mais, c’est moi, également, que j’avais besoin de réconforter. C’est moi qui venais de commettre une erreur.

Tu as finalement retrouvé le sourire et le plaisir, mais je demeure inquiète pour la suite. Comment t’accompagner, soutenir ton évolution, en respectant tes limites? Comment te montrer que tu as le droit de te tromper, et que ça fait grandir, quand j’ai toujours moi-même porté une peur des conséquences et des réprimandes en cas d’erreurs? Comment suivre ton rythme, quand la société nous demande d’aller toujours plus vite?

Je ne le sais pas. Mais je sais que demain matin, peu importe comment se déroulera ton exposé, je serai fière de toi. Je t’aime.

 

 

Signé: une maman anonyme

 

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